Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 00:27
L'adolescent, inédite construction éidétique du XXème siècle, effraie et intrigue.

Ce n'est pas peu de le dire, il suffit pour cela de constater le micro-capitalisme qui s'est créé uniquement sur le marché de la question adolescente, pour les parents mais également pour cette population ado à qui l'on présume désormais une forme embryonnaire de jugement esthétique, acquise dans l'affirmation d'un caratère individuel et l'expérimentation de l'Autre.
Ce moment dans la vie humaine qui auparavant n'était que le passage éphémère de l'enfance à l'âge adulte, à travers certaines découvertes de la réalité du monde, sexe, mort et travail principalement, est maintenant devenu une période intégralement autonome dans la vie d'une personne.

Gonglé artificiellement par diverses croyances d'un enfant-adulte déresponsabilisé au possible, baignant dans l'oisiveté et l'absence téléologique, seul à même de profiter véritablement de la pacification (de la dégénesrecence ?) intellectuelle de nos sociétés, l'adolescent s'est donc imposé comme force socioculturelle.
Et bien que chaotique dans ses formes d'expression, l'adolescence semble aujourd'hui être devenue le point de départ d'une certaine vitalité ingénue face à un système coercitif encore invisible et une autorité pervasive encore imperceptible. D'où cette rebellion en guise d'essentialisme, rebellion qui semble trouver son apothéose dans le suicide, renonciation absolu à l'idée de grandir dans un monde à jamais dystopique.

Bref, l'adolescent est un bien curieux personnage qui, adapté aux fonctions narratives du cinéma, peut aboutir à la conception d'un véritable monstre d'inhumanité et d'amoralité au doux visage juvénile.
 

CAS 1 : El rey de la montana (Les Proies), apprentissage virtuel et frags réels.



Encore une fois, ce n'est pas tant la qualité globale du film qui nous intéresse, bien que celui-ci soit très bon pour qui s'y retrouve, mais plutôt ce surgissement, au sein de la construction mythologie d'une époque, de l'adolescent comme assassin de sang froid, impavide face à l'idée même de la Mort. Synchronisme entre une représentation du monde dénaturée par le virtuel et une conception athée-nihiliste de l'Humanité, l'Adolescent n'est ici qu'une conséquence dialectique d'un système générateur d'inhumanités et d'amoralités.
A Dieu et à l'Homme mis à mort par la pensée succède la mort de la Vie même, puisque pour ces personnages adolescents, celle-ci n'existe que résiduellement à l'espace virtuel du jeu vidéo où l'ensemble de leurs affectivités se plongent sans autre finalité que l'éternel recommencement de la même partie. La vie devient alors une partie de Counter-Strike transférée dans le réel où le frag-meurtre est immortalisé grâce au à l'appareil photo du portable. Le jeu vidéo a rendu le monde hypothétiquement jouable, mais pour qui ?

 Et c'est donc toute la subtilité du film de nous cacher durant toute la première partie l'identité des tueurs, pour d'un seul coup permuter totalement de perspective en accompagnant le point de vue des ados durant la seconde partie de l'histoire. Incroyable stupéfaction alors de découvrir ces quasi-enfants en lieu et place des convenus chasseurs psychopathiques des forêts.
Twist basculant notre échelle de moralité, puisque si l'on admet que la folie n'est pas responsable de ses actes, peut-on affirmer la même chose pour l'adolesent ? Une question qui semble être au coeur de l'actualité sociétale (que ce mot est laid). De même, la mise à mort par l'adulte de l'adolescent tueur est-elle justifiable et par la même justiciable ? Cette figure d'adolescent déviant semble désormais nous prévenir de l'imminence d'une incommunicabilité irrémédiable dans le fonctionnement interne de la Société, la faute à une technologie discriminante répandant des valeurs générationnelles plutôt qu'universelles.

Alors à l'enfant abandonné à l'absence de repères moraux et de codes sociaux,antérieurs, que reste t-il si ce n'est l'appétit d'une satisfaction onaniste et dégagée de toute responsabilité spirituelle (je me pense donc je suis avant tous les Autres). En apprenant à ne pas écouter, qu'apprend t-on ? Que vaut un parent face à Internet ? Pourquoi le PSG a t-il engagé Kezman ?


CAS 2 : Eden Lake, l'adolescent en deça de toute morale


Contrairement au film précédent, l'adolescent agit ici dans un cadre socio-éthique renvoyant indubitablement au comportement de la bête sauvage, plutôt que dans le transfert d'un apprentissage virtuel dans le réel. Structurée sur des bases grégaires où l'ordre hiérachique se nivelle sur la violence du mâle alpha, la "meute" adolescente ne voit pas les conséquences de ses actes. Le meurtre devient ainsi un simple acte de cruauté animale, où le fort tue le faible parce qu'il le peut, tout bêtement.
Abandonné par l'irresponsabilité de parents dont les soucis quotidiens ne permettent plus l'éducation morale, l'adolescent est donc laissé libre de ses actes hors d'un périmètre d'autorité concentré uniquement entre les murs du foyer familial et dans la présence du Père. L'Extérieur devient ainsi la zone de non-droit où s'exerce alors le bon vouloir et le plaisir de la meute.

La nature, la forêt en l'occurence, délaissée par l'adulte devient donc le terrain de jeu privilégié d'une impavide soif de sang. Incontrolables, ces adolescents ne voient pourtant qu'un jeu dans cette chasse à l'homme où la survie ne tient qu'à une improbable et inopinée cachette, quand la Raison l'emporte sur l'Instinct. Mais cette victoire n'est que momentanée quand l'Instinct s'avère infatiguable et borné.
Que faut-il alors condamner ? Les parents ? L'adolescent ? ou bien la nature humaine qui sans les oeillères de la nécessité morale n'est que sauvagerie et haine de l'Autre-différent, n'en déplaise à Rousseau.


L'Adolescent effraie pour la Liberté en deça de toute morale qu'il peut incarner, pourtant il est l'Adulte de demain, n'y a t-il donc pas des valeurs essentielles à lui transmettre plutôt que fuir la responsabilité de la Sagesse dans le retranchement consumériste d'un monde sans âme.
Par OGHR
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 19:50


Finalement, l'étymologie n'est-elle pas simplement l'étude du copyright de chaque mot expérimentant les éléments particuliers du réel ?
Par OGHR - Publié dans : Aphoristique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 18:35

L'Ethique est essentiellement jurisprudence d'une Morale qui ne nous appartient pas.
Par OGHR - Publié dans : Aphoristique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 13 décembre 2008 6 13 /12 /Déc /2008 01:12

Sans vouloir tergiverser sur la qualité intrinsèque du dernier film des frères Cohen, film mineur et léger en rapport à l'ensemble de leur oeuvre, il semble intéressant de souligner quelques malicieuses séquences où l'ingénieuse Fratrie parvient, à travers ses personnages, à extraire le film hors de son récit pour déborder sur le réel.
Il s'agit donc de subtils moments extra-diégétiques, caractérisés dans l'ambiguité des propos et des discours des protagonistes. Deux exemples de cette figure de style propre à tout art narratif sont à retenir tout particulièrement, pour leur quasi-évidence, et finalement parce que ce sont les seuls dont je me souvienne a posteriori :

- Le premier concerne Frances McDormand qui, expliquant à son manager secrètement amoureux d'elle le pourquoi de son envie de chirurgie esthétique, déborde au-delà de son personnage pour alors affirmer qu'Hollywood ne l'a désire pas en tant qu'actrice à cause de son physique inadéquat à la photogénie standardisée du "Bois sacrré". Dénonciation masquée d'un mode de production cinématographique privilégiant l'artifice de corps reconstruits à l'authencité de la chair imparfaite. Ce n'est pas nouveau, mais c'est toujours agréable à décrypter.

- Le second se situe à la toute dernière séquence actée du film, quand le chef et sous-chef de la C.I.A font le bilan  de la situation de personnage principal. On ne peut que voir ici les deux frangins Cohen concluant sur l'idée que rien n'a été appris ni enseigné après ses 1h35 de cinéma de pur divertissement, désamorçant alors l'évidence qu'ils ne dépasseront pas la puissance de leur précédent film, No country for old men. Bouclant le film sur les acteurs plutôt que sur une éventuelle histoire, cette fin renvoit donc à cette belle brochette d'acteurs à laquelle nous avons eu à faire ici, essentialité de cette oeuvre a fortiori.


La capacité d'une oeuvre narrative à pouvoir s'interpréter comme extra-diégétique est véritablement un plaisir pour le spectateur capable de lire et voir au second degré ce qui pour beaucoup n'apparait qu'à un premier degré anti-herméneutique. Découvrant alors l'intention cachée de l'auteur au-delà de l'ostensible spectacle, c'est ici que se joue le dialogue entre le l'artiste lucide et l'individu attentif, au dessus de celui flagrant entre le prestidigitateur esthétique et la foule gloutonne et crédule.


Par OGHR
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 02:52
La Torture, invention spécifiquement humaine, est cette discipline expérimentant l'Autre dans limites de la Douleur physique et de la Souffrance mentale.
Science ancienne et évolutive, presque progressiste, la torture a de tout temps accompagné l'Homme dans les différents rapports conflictuels qu'il entretenait avec lui-même-Autre ; bien que les animaux, voire même les choses inanimés, cailloux, tables, etc, aient également eu à souffrir de cette propension humaine à dominer et soumettre l'ennemi désigné.




Comme évoqué plus haut, les méthodes changent avec les époques, les moyens d'oppression physiologique s'adaptent aux technologies disponibles. Pourtant un récent article nous propose  le cas tout particulier d'une torture fonctionnant dans le principe d'une 'musique' diffusée en continu dans les cellules des prisonniers, empêchant ainsi la pensée de se former, celle-ci étant inlassablement repoussée et annulée par les notes devenus bruits sans fin.

Au delà de tout ce qui a pu être dit à ce sujet, et de tout ce qui peut être su , une interrogation demeure : quelle est le morceau de musique qui, diffusé en boucle et continuellement, rend fou le plus vite ?

Les américains préfèrent utiliser du métal, AC/DC, Pantera, Queen (!) etc...Mais est-ce vraiment ce qu'il y a de plus efficace ?



Pantera - I'm Broken


Essayons avec d'autres...


Miles Davis - Aida


Amel Bent - J'ai 20 ans


Joseph Haydn - Cello concerto n°1 in C major


Radiohead - Pulk / Pull Revolving Doors


Marvin Gaye - Sexual Healing


Etc, etc... la liste est possiblement sans fin. La question se doit donc d'être renversé : y a t-il seulement un seul morceau de musique qui puisse être écouté en boucle, sans relâche et infiniment ?

Au bout de combien d'écoute successive un morceau perd t-il son charme et sature l'esprit ? Les choses de l'Art subisse t-elle aussi l'effet économique de l'utilité marginale ? L'Ennui est-il immanent à la temporalité même de l'existence ? Quand cesse t-on d'aimer ? Pourquoi Lyon remporte la L1 chaque année ?


 
Par OGHR
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus